Sexualité : comment réconcilier ménopause et libido ?
Santé

Sexualité : comment réconcilier ménopause et libido ?

11 juin 2024·Manon NougierBarnateam

Le programme

Certains symptômes de la ménopause viennent parfois jouer les troubles fêtes et impacter la libido à l’approche de la cinquantaine : sécheresse vaginale, atrophie vulvaire, fatigue… Pour certaines femmes, au contraire, l’arrêt des règles est vécu comme un soulagement et une véritable libération sexuelle.

Une chose est sûre, bien vieillir devrait pouvoir continuer à rimer avec désir et plaisir. Alors comment (re)construire une vie sexuelle épanouie après 50 ans ?

Venez à la rencontre de notre invité, le Dr Samuel Salama, gynécologue et sexologue, et posez-lui toutes vos questions autour de la sexualité à la ménopause, même les plus taboues. Ensemble, faisons le point sur les solutions pour (ré)concilier ménopause et libido.

Notre invité

Le Dr Samuel Salama a plus d’une corde à son arc. Gynécologue Obstétricien à l’Hôpital Américain de Paris, il est Médecin de la Reproduction, Andrologue et Sexologue.

Il a également fait plusieurs formations sur la médecine esthétique génitale et sur l’hypnose.

Son engagement ?

Membre du conseil d’administration de l’Association inter-universitaire de sexologie, et enseignant auprès des professionnels de santé, il œuvre depuis plusieurs années afin de diffuser des informations pour une sexualité positive et épanouissante, et plus particulièrement chez la femme.

La cinquantaine est une période de grand changement sur le plan biologique pour la femme et mais aussi pour le couple. Pour autant, la ménopause ne doit plus être une fatalité. Il existe des solutions.

Le replay

Accédez au replay de la rencontre du jeudi 16 mai 2024 :

Ce qu'il faut retenir de la rencontre

Deuxième webinaire du Ménopause Club, le 16 mai 2024, consacré à un sujet encore tabou : la baisse de libido à la ménopause. Invité : le Dr Samuel Salama, gynécologue et sexologue à l'hôpital américain de Paris. Animation : Anna Ferrer. Le Ménopause Club (partenariat hôpital Foch / Barnabé, financé par l'ARS Île-de-France) informe, accompagne et oriente ; il n'a aucun intérêt dans l'industrie pharmaceutique.

Cette synthèse restitue fidèlement les propos de l'expert. Elle ne remplace pas une consultation.

1. Pourquoi la libido baisse à la ménopause

La baisse de désir à la ménopause est multifactorielle : elle n'est jamais imputable à une seule cause.

Physiologique. L'épuisement du stock folliculaire des ovaires entraîne une carence en œstrogènes. Apparaissent le syndrome climatérique (bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, troubles du sommeil, fatigue, irritabilité) et le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) : atrophie vulvo-vaginale, sécheresse, rapports douloureux, mais aussi fuites urinaires, prolapsus, démangeaisons. 60 à 70 % des femmes en présentent au moins un signe — rarement « le bouquet complet ».

Le contexte de la cinquantaine. La ménopause s'inscrit dans un vieillissement global (cœur, peau, performances), l'apparition de maladies intercurrentes (diabète, cancers), le stress professionnel, et souvent 20 à 30 ans de vie de couple installés dans la routine. Le partenaire, lui aussi dans la cinquantaine, peut commencer à présenter une dysfonction érectile. S'y ajoutent le syndrome du nid vide (les enfants qui partent) et la charge des parents vieillissants. Autant de paramètres qui pèsent sur le désir.

2. Le désir féminin : une mécanique à comprendre

Désir pulsionnel vs désir contextuel. Chez l'homme, la testostérone est un moteur intrinsèque puissant : le désir y est plutôt pulsionnel et visuel. Chez la femme, il n'existe pas de moteur hormonal équivalent : le désir féminin est contextuel, il répond à une ambiance, un cadre, des attentions.

Le modèle circulaire de Rosemary Basson. Contrairement au modèle linéaire historique (désir puis plaisir) décrit par Masters et Johnson, Rosemary Basson a montré que chez la femme, le désir ne précède pas toujours le plaisir. Madame peut ne pas avoir de désir spontané en début de soirée ; les caresses et l'attention du partenaire font naître le plaisir, qui à son tour fait naître puis amplifie le désir. Le désir se crée.

Le plaisir comme système de récompense. On s'engage dans un rapport sexuel pour la promesse d'un moment agréable. Si le rapport est douloureux, sans plaisir ni orgasme, l'envie d'y retourner disparaît. Avoir eu une sexualité épanouie avant la ménopause est un atout : on la garde plus facilement ensuite.

L'image corporelle. Les femmes sont, sur le plan esthétique, bien plus exigeantes envers elles-mêmes qu'envers leur partenaire. La prise de poids et le vieillissement cutané altèrent le sentiment de désirabilité — alors même que, comme le note le Dr Salama, l'homme est généralement beaucoup moins attentif à ces détails que sa partenaire ne l'imagine.

3. Les solutions médicales

  • Traitement hormonal de la ménopause (THM) : œstrogènes (avec progestérone en contrebalance pour protéger l'utérus) pour traiter le syndrome climatérique. Améliore le sommeil, les bouffées de chaleur, la sécheresse cutanée et limite l'atrophie vulvo-vaginale.
  • Œstrogènes locaux (vaginaux) : pour le SGUM sans syndrome climatérique. Risque quasi nul, y compris en cas d'antécédent de cancer du sein (études publiées). Ils « réveillent » les cellules vaginales atrophiées et restaurent la lubrification.
  • Gels hydratants et probiotiques : pour restaurer le confort et la flore vaginale.
  • Réjuvénation vaginale : les injections d'acide hyaluronique (hydrohydratation des tissus pour 9 à 12 mois) disposent de données scientifiques solides. Le laser s'est révélé moins convaincant qu'annoncé ; la radiofréquence et la photobiomodulation manquent encore de recul.
  • La « pilule du désir » : plusieurs molécules ont obtenu une AMM aux États-Unis, mais leur effet reste modeste (passer de 2 à 4 rapports par mois) et elles ne sont pas commercialisées en France. Le désir féminin n'est pas qu'affaire de biochimie.

4. Les solutions de couple et de mode de vie

  • Se donner rendez-vous. Comme au début de la relation : un moment dédié, un lieu différent, une anticipation qui recrée l'émulation. Sortir du script du quotidien.
  • Le rôle du partenaire est central. Informer le partenaire sur la mécanique du désir masculin et féminin. Puisque le désir féminin est contextuel, c'est au partenaire d'apporter le cadre. Le refrain du Dr Salama : « Messieurs, occupez-vous de vos partenaires, elles sauront vous le rendre. »
  • Traiter le partenaire. Une dysfonction érectile non prise en charge peut mettre la femme « en repos » de sexualité. C'est aussi un symptôme sentinelle cardiovasculaire : l'artère pénienne est la première à révéler l'athérome, et une panne d'érection à 50 ans avec facteurs de risque (hypertension, cholestérol, surpoids, sédentarité) doit alerter sur un risque d'AVC ou d'infarctus.
  • Sortir de la sexualité phallocentrée. La pénétration n'est pas le meilleur outil pour donner du plaisir à la femme ; varier les pratiques est essentiel.

5. La ménopause, une période qui peut être joyeuse

L'espérance de vie des femmes est passée de 27 ans au XVe siècle à 50 ans en 1914, et approche aujourd'hui 85-87 ans. La ménopause est devenue « la vie » : on compte aujourd'hui plus de femmes ménopausées que de femmes en activité génitale. Pour celles qui ont souffert d'endométriose, de fibromes ou d'adénomiose, la ménopause est même un soulagement. Une sexualité épanouie reste possible en post-ménopause, y compris tardivement — le Dr Salama reçoit des femmes de 70 ans qui reprennent une vie sexuelle. La libération de la contraception peut même, pour certaines, booster le désir. La ménopause n'est pas le clap de fin : il reste 30 ans qui peuvent être riches.

Questions du public

  • Une libido exacerbée est-elle liée à la testostérone ? Non, elle n'augmente pas massivement à la ménopause. Un patch de testostérone a été testé (cadre strict, abandonné). La testostérone en post-ménopause reste « touchy » : la marge est étroite entre la dose efficace et les effets virilisants (voix rauque, pilosité), et elle est peu prescrite.
  • Moins de charge mentale = plus de désir ? Oui. À noter : l'étude montrant plus de divorces chez les couples où l'homme participe aux tâches ménagères est un biais de lecture — ce sont précisément les couples modernes où le divorce est conceivable.
  • Pas de problème physique, mais plus d'envie malgré l'amour ? Introduire de la nouveauté dans le couple (lieux, pratiques, positions). Sans nouveauté, c'est parfois un nouveau partenaire qui la apporte — mieux vaut la cultiver au sein du couple.
  • Fréquence des ovules/gels hormonaux vaginaux ? Supplémentation au quotidien (ou tous les deux jours), à vie — pas des cures. Aucune incompatibilité avec le préservatif ; à éviter au moment du rapport (pertes blanchâtres possibles), plutôt au coucher.
  • À qui s'adresser ? L'annuaire de l'AIUS (Association Interuniversitaire de Sexologie) permet de trouver un sexologue près de chez soi. Et surtout : oser en parler. La sexualité et les fuites urinaires restent les grands tabous — alors que des solutions existent (kinésithérapie, chirurgie du périnée, traitements).

À propos du ménopause club

Cette rencontre est proposée par le ménopause club, projet financé par l'Agence Régionale de Santé Île-de-France.

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